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Hold-up.

Laisse moi te parler d’Odezenne. Si tu ne subis mes aventures musicales qu’ici-même, tu as relativement été épargné. Il faut se l’avouer, je suis fan d’Odezenne. Et je pèse mes mots.
J’ai grandi avec Odezenne, j’ai même vieilli. A mon rythme et en essayant de me bonifier. Non pas comme un bon vin, mais plutôt comme un whisky.

Il va s’en dire que chaque nouvel album d’Odezenne est une information capitale dans la liste de mes priorités
Pour l’histoire, j’ai acheté Dolziger Str.2 qui s’est trouvé sous mes doigts dans un rayon de la fnac. Je ne l’ai (toujours) pas ouvert. Pour l’écouter, j’ai du le télécharger. Je crée des reliques. (Prends toi ça Harry Potter)

Capture d’écran 2015-12-24 à 15.01.01Alors que j’écrivais sur leur voyage en Allemagne, voyant Berlin comme nouveau membre de leur groupe, je découvre que j’ai raté le coche. Cet album n’est pas berlinois. Il est londonien. Il est presque même rennais. Parfois Bowie, parfois Taxi Girl. J’avoue aussi que je connais mal les références allemandes et que c’est sans doute la raison qui fait que cela ne m’évoque rien.

Mais j’ai vite compris qu’avec 10 titres (seulement 10, oui), nous avions à faire à un autre type d’albums que les précédents. Dix pistes, c’est autant moins de place pour s’exprimer et donc de temps pour se faire comprendre.
Si dans certaines situations, on voit très clairement où ils veulent en venir ‘ »Bouche à lèvres », « On naît, on vit, on meurt »), ce n’est pas toujours le cas.

Oui, d’accord. On n’a jamais toujours et entièrement compris les textes d’Odezenne et c’est aussi pour cette poésie, cette voltige qu’on les aime. Je ne vous tiendrais pas tête : « Boubouche » est une réussite. Synthétique, hermétique, cyclique et pragmatique. Un avis que je ne partage pas pour « Cabriolet ». Poussif, timide, inégal. Le texte se traîne sur une instrumentation qui rappelle l’ouverture Twin Peaks (cf « JVTB »). De même pour « Satana ».

Avec Dolziger Str.2 on a clairement enterré Sans Chantilly. Le travail musical de Mattia est devenu prioritaire, évident. Quand j’y repense, c’était limpide dans Rien. La plus belle jouissance était le pont musical final de « Novembre » et dans Dolziger Str.2, « Ciao Ciao » s’impose telle une incantation mystique, divine et orgasmique.

« Doudou se dégoûte, Doudou doute » (« Vilaine », Dolziger Str.2)
« L’amour de ma mère ça m’suffit pas, j’voudrais qu’elle aime la terre entière »(« Souffle le vent », Dolziger Str.2)
« Les anges, mais qui peut bien s’en soucier » (« Boubouche », Dolziger Str.2)

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Grandes retrouvailles.

Souvent, j’ai dit que je ne travaillais dans la musique que pour le forcer à revenir. Oui, le forcer. Mais au final, cela n’a pas été nécessaire. En 2014, il a fait le travail. Il est revenu.
Il m’est revenue. 

Ludéal m’a accompagnée dans presque toutes les périodes de ma vie. Il a su trouver les mots, les sens, les notes dont j’avais besoin. Il m’a tirée les larmes, arraché des sourires. Je ne vois pas un seul instant de ma vie où j’ai cessé d’y croire.

Alors quand l’annonce de dernière minute de sa venue sur scène, je DEVAIS y être.
J’y étais. 

C’est simple, quand Ludéal s’est mis à chanter c’est comme s’il n’y avait que lui. Que moi.
C’est évident, tellement, tout le temps. C’est simple, honnête et sincère. Il a un talent que peu ont. Celui de créer des univers enveloppants qui n’ont rien de réconfortant mais dont on ne peut se séparer. Chacun de ses albums m’a emmenée dans des voyages sentimentaux, psychiques et dramatiques. On se rêve Juliette, lycéennes, mystique ou Mélanie. On défait, on reprend et on découvre de nouvelles trajectoires.

Le revoir sur scène était un soulagement. Je n’ai pas assisté à un concert, j’ai vécu un moment. Ses mots résonnaient dans ma tête et s’entrechoquaient avec les souvenirs attachés aux rares titres non inédits qu’il a joué. Ludéal est un crooner en velours, un cow-boy perdu dans une ville trop grande, un prince d’orient élevé au rock. Tout chez lui est prétexte à fantasmes, créations et parallèles animaliers.

Ludéal, sais-tu au moins ce que tu provoques ? 
J’ai un respect immense pour ta musique. Je ne demande qu’une chose : ne disparaît plus jamais. Les gens comme moi avons trop besoin de toi.

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Languedoc Coast 

Depuis que j’ai quitté mon Sud, j’ai un besoin fou de me rappeler ce que la vie là-bas a de bon. Soleil, tranquillité, accent et temps. Un peu comme on opposerait New-York et Los Angeles, j’en viens à entretenir une concurrence stupide entre Paris et Montpellier à force d’écouter Set & Match.

Leur musique, je la trouvais anecdotique, superficielle et pleine de vide. Je n’ai pas foncièrement changé d’avis mais là où je ne me retrouvais pas hier est devenu évident. Loin des considérations des Set & Match, je replonge dans la vie, celle que j’ai toujours connue. J’ai pour habitude de me satisfaire d’un rap honnête, dramatique et légèrement fantasmé alors qu’ici je me contente d’un état d’esprit qui transperce la fumée de leurs gros cônes.

Soyons honnête, aucune de mes expériences n’est comparable à ce que Set & Match nous racontent. Je n’en ai même pas envie … parce que cela représente justement tout ce qui pouvait me déplaire à long terme dans le rythme de vie montpelliérain. Peut-être que leurs substances transitent à travers mes oreilles pour me rendre nostalgique de ce que je n’ai pourtant jamais connu.

Comment expliquer cela ? Est-ce que je grandis ? Est-ce que je compense mes années de rap « conscient » et intellectuel ? Va savoir, en tout cas, je ris et je me dandine. Set & Match prouve qu’il est possible de faire un rap léger, du rapounet sans perdre rythmique, écriture complexe et sans la facilité vocoder. Certes, vous ne réfléchirez pas à la condition sociale, politique et économique de Montpellier mais vous aurez l’espace d’un titre l’impression que son soleil franc, chaud et bienveillant vous réchauffe l’épaule.
C’est ce dont j’ai besoin et c’est comme cela que je m’explique cette nouvelle obsession.

Et puis, on va pas se mentir les sons gravitent. Pas de grosses prods, lourdes, violentes pourtant ils nous retournent les oreilles. On veut pousser le volume quitte à avoir les tympans qui hurlent. Set & Match scandent leurs textes sur des compos solides, aux influences diverses. On s’éloigne des mélodies rock ou électro qui caractérisent le mélange des genres et l’ouverture du rap que j’affectionne (La Canaille ou Odezenne – pour ne citer qu’eux).
Set & Match se construit dans un rap californien, qu’il faut considérer pour ce qu’il est. La West Coast nous a démontré, tous styles confondus, qu’il ne faut pas forcément attendre une révélation de la musique, qu’elle peut simplement être ce qu’elle est, apporter l’espace de 3″30 un sentiment sincère de ce qu’on nomme le chill.

Le poids des traditions.

Je n’ai jamais caché mon intérêt pour le duo de frères toulousains Bigflo & Oli. De même, j’avoue que malgré tout, je reste une cible collatérale. Non, leur discours ne me concerne pas directement. Oui, ils réussissent tout de même à piquer ma curiosité jusqu’à me faire acheter leur premier EP chez mon disquaire (vendeur de CDs) à Toulouse, bien évidemment.

Cette semaine, Bigflo & Oli assurent une semaine Planète Rap à Skyrock, la radio des « cultures urbaines ». Je me rappelle de l’époque où tous mes postes étaient réglés sur la fréquence. Rap et R’n’B non stop. Aujourd’hui, le ton est différent et nombreux sont leurs détracteurs. Je n’en fais pas réellement partie. Je ne trouve pas légitime de cracher sur ceux qui m’ont tant fait kiffer il y a quelques années. Si aujourd’hui, je suis capable d’écouter Bigflo & Oli et d’apprécier, c’est bien grâce à Skyrock.

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Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai immédiatement pensé : « La consécration ». Mais au final, est-ce réellement le cas ? Est-ce qu’aujourd’hui, se voir confier sept heures de programme sur une des plus grandes radios nationales, qui reste malgré tout la première à défendre les cultures urbaines et leurs musiques, a encore de la valeur ? Je n’écouterai pas ce Planète Rap. Non pas que cela ne m’intéresse pas, mais ma routine ne coïncide pas avec l’horaire. Dommage parce que je suis certaine du bienfait de cette émission sur la carrière en construction des frangins. Surtout, j’ai le sentiment qu’ils pourraient être capables de réconcilier la station avec un public qui se complait à la railler pour se donner une consistance suffisante.

Au final, Orelsan aussi a eu droit à sa semaine Planète Rap lors de la sortie de Perdu d’avance. Je m’en souviens parfaitement pour avoir été au rendez-vous tous les soirs, cette fois-ci. Cela ne l’empêche pas aujourd’hui de rassembler un public large, et pas forcément ouvert, de base, à cette culture urbaine, telle que définie par Skyrock. Comme beaucoup, je vois se profiler cette destinée pour Bigflo et Oli.

Leur présence n’en reste pas moins surprenante. Je ne les attendais pas là mais c’est finement joué. Ils sont intelligents et mènent correctement leur barque.  Planète Rap reste un passage obligé, quitte à le renier plus tard. « Jeunesse influençable » ? J’en doute.

Jamais deux sans trois.

La dernière fois que j’ai eu l’occasion de voir Odezenne sur scène, cela remontait en octobre 2012 et le Rockstore n’avait pas encore les murs en noir. Autrement dit, lorsqu’ils ont annoncé qu’ils allaient investir la salle en rouge, à savoir l’Olympia, mon sang n’a fait qu’un tour.

J’annonce la couleur : ceci n’était pas mon meilleur concert. Ni même le meilleur que j’ai vu d’Odezenne. J’entends déjà vos sourcils se lever (oui, je les entends) … Comme disait le grand Monk : « voilà ce qui c’est passé ».

21 heures : l’heure du crime.
On découvre sur scène, le trio magique accompagné du batteur déjà présent sur les captations live du dernier EP. Je m’étais interrogée sur quel titre allait leur permettre de faire leur entrée et il faut reconnaître que « Rien » est une réponse satisfaisante. Instru planante, accroche vulgaire : Odezenne fait monter la pression doucement mais sans subtilité. Pas facile de l’être quand les premiers mots sont « Bitch Motherfucker ».
Peu de temps morts, mis à part les quelques titres inédits que le groupe a choisi d’intégrer. Il serait prétentieux de donner un avis tranché sur ces morceaux-là. J’ai retenu quelques passages savoureux mais la chaleur étouffante de la salle a eu raison de ma mémoire. Le virage qu’ils annoncent depuis un peu plus d’un an maintenant se négocie et il y aura à coup sûr des déçu-e-s.

Vais-je en faire partie ?
Ce troisième temps avec Odezenne m’a propulsée en 2008 quand j’ai été bousculée par l’ingéniosité de leur talent. « Plus beau cul du monde » m’a frappé en plein coeur. Moi aussi, mes yeux s’inondent à cause d’un changement de métro. Sans chantilly est un disque cinématographique, un vrai disque de rap façon L’Ecole du Micro d’Argent. Voilà, c’est dit. Tant pis pour les puristes, et tant pis aussi pour Odezenne qui se défend de faire du rap.

Je trouve ça restrictif et puis j’ai pas envie de me battre contre une catégorie qui se remet pas en question. Le rap tourne en rond. Dès que tu veux faire un truc qui sort du lot tu as tout les détracteurs, les pseudos puristes, les pseudos je sais pas quoi, intellos du rap, les conscients, les machins qui te tombent dessus.” [Al]

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J’aime Odezenne pour leur capacité à être en même temps en deux endroits, à mi-chemin entre là où j’ai envie, besoin de les voir et son exact opposé. Je leur cours après mais je garde la sensation qu’ils m’échappent et qu’ils m’échapperont toujours. J’ai apprécié le moment, mais j’aurais aimé dire que je les ai retrouvé là où je les avais quitté. La sanction de la réalité est douloureuse. Ce que je m’apprête à écrire, je l’ai dit avec douleur, le soir du 10 mars 2015.

« Odezenne est devenu un sacré truc de hipsters »
De gogols du yéyé.

Pendant tout le concert, je me suis demandée ce qu’il se passait dans la tête des protagonistes. Bien évidemment, se retrouver sur la scène de l’Olympia, face à une foule qui a fait le déplacement parfois de loin (je peux en témoigner) et qui scandent ton nom avec vigueur … Il y a une autosatisfaction qu’il serait répugnant de rejeter. Cette date à l’Olympia ressemblait non pas à un rêve de gosse mais plutôt à un fantasme.

« Aimez vous putain » nous hurlait Jaco.
Sans aller dans une provocation et une vulgarité scabreuse de circonstance : ce n’est pas d’amour dont j’avais besoin.

A quelques heures de la fin de l’année 2014, je prends le temps de dresser un bilan.
Neuf articles. En douze mois. Pas terrible.
Ne m’en voulez pas. J’ai certes fortement réduit ma présence et mes publications mais je ne me roule pas les pouces pour autant.

Cette année a encore été l’occasion de nouvelles expériences, de décisions et de surprises.
J’ai pris le temps de retourner enfin dans la capitale, là, où l’aventure dachaontherock a débuté. Et quel chemin !! En retournant sur les lieux du crime, j’ai mesuré combien ce blog m’avait fait grandir et comment il pouvait encore m’accompagner un bout de chemin !

2014 avait commencé avec le bonheur de revoir Ludéal ou plutôt de le ré-entendre.
2015 débutera de façon similaire puisque le bonhomme a annoncé l’enregistrement terminé d’un quatrième album, Pluton.
Mais il n’y a pas que Ludéal dans la vie.

D’habitude, je suis assez frileuse du changement. Je crains toujours que celui-ci soit en dessous de mes espérances … Mais allez savoir ! J’ai un bon pressentiment pour 2015.

Symptomatique.

Dans la série, je me sens dépossédée de ce que j’ai aimé dans mon coin : j’ai nommé Christine & The Queens.

J’ignorais tout sur elle, à part sa voix. Je ne savais rien et pourtant, j’ai eu le coup de foudre. J’ai entendu une chanson qui ne m’a pas lâché. Il m’a fallu un peu de temps et un énorme travail sur moi-même pour me rappeler de son origine. Quand l’information a été dans mes mains, je ne l’ai plus quitté d’un semelle.

Voilà, j’étais amoureuse de Christine & The Queens. J’en parlais de manière tout à fait occasionnelle et je compensais par une écoute quasi symptomatique de « Cripple ». Parfois, j’avais de la chance et elle était diffusée sur Radio Néo pendant que j’étais à l’écoute. J’étais heureuse, c’était bien. J’aimais également la voir danser sur sa table en bois au rythme de « Narcissus is back ». Le justaucorps noir n’a jamais été aussi élégant.
Le temps a passé, je me suis épanouie dans cette situation. Elle était là, jamais trop loin de moi. C’était toujours bien.

Puis, j’ai vu son nom grimper dans la liste des artistes présents dans les festivals. Je n’avais plus besoin de plisser les yeux pour voir son nom. Elle faisait son petit bout de chemin. Je m’en réjouissais, je n’avais pas compris ce que cela impliquait. J’y voyais simplement mon intérêt … J’ai été égoïste, et je le paye aujourd’hui.

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Maintenant, l’album que j’ai tant attendu, est disponible. Il est dans les mains de nombreuses personnes qui se l’approprient peu à peu. Ils ont du goût, c’est ce qui me rassure. Mais savent-ils ce que nous avons vécu ?
Bien sûr que non. C’était bien, et ils comprennent maintenant pourquoi. Certains me demandent même à ce que je mette ton CD quand ils sont chez moi. Chose rare. Mais voient-ils mon désarroi ?
Christine a été parmi les artistes qui m’ont soutenus quand j’ai douté de mon mode de vie et de consommation de produits musicaux. A ce titre là, elle rejoint un groupe privilégié, socle solide dont l’utilité se fait ressentir cycliquement.

Tout cela, je l’ai déjà dit, déjà écrit, déjà vécu. Cela n’empêche que le déchirement reste intact, puissant et réel. Cela fait de moi une snob, et je le regrette. Je reste totalement convaincue du talent de Christine et de ses Queens. J’ai seulement besoin de temps pour adapter mon rapport et faire évoluer cette relation unilatérale.